Paroisse Sainte Marie de Billère

Site officiel de la paroisse de Billère

Sous la protection de Saint Gabriel Archange


Participer à la Pâque du Christ.Auteur : Saint Grégoire de Naziance

Homelie de Saint Grégoire de Naziance pour la Pâque "Participer à la Pâque du Christ".

Nous allons participer à la Pâque. Cette participation sera, maintenant encore, en figure, par le sacrement. Toutefois, ce sacrement sera plus parlant que dans la loi ancienne, car le banquet pascal, j'ose le dire, était alors très obscur : c'était une préfiguration. Mais bientôt, la Pâque sera plus parfaite et plus pure, car le Verbe y boira avec nous le vin nouveau dans le Royaume de son Père. Alors, en effet, il nous révélera et nous enseignera ce qu'il nous a montré jusqu'ici de façon restreinte. Car elle est toujours nouvelle, la Pâque que nous pouvons connaître aujourd'hui.

Quelle est donc cette boisson délicieuse ? C'est à moi de l'enseigner, c'est au Christ de faire comprendre et assimiler cette doctrine à ses disciples. En effet, la doctrine est une nourriture, même pour celui qui la donne aux autres.

Eh bien, quant à nous, participons à la loi, mais à la lumière de l'Évangile et non pas selon la lettre ; de façon parfaite et non ébauchée ; pour toujours et non pas pour un moment. Ayons pour capitale non pas la Jérusalem d'en bas, mais la cité d'en haut ; non pas celle qui est piétinée par les armées, mais celle qui est glorifiée par les anges. Offrons en sacrifice, non pas de jeunes taureaux ni des agneaux portant cornes et sabots — offrandes mortes et insensibles — ; offrons à Dieu un sacrifice de louange sur l'autel céleste, en union avec les chœurs du ciel. ~ Ce que je vais dire va plus loin : c'est nous-mêmes que nous devons offrir à Dieu en sacrifice ; offrons-lui chaque jour toute notre activité. Acceptons tout pour le Christ ; par nos souffrances, imitons sa passion ; par notre sang honorons son sang ; montons vers la croix avec ferveur. ~

Si tu es Simon de Cyrène, prends la croix et suis-le. Si tu es crucifié avec lui, comme le malfaiteur, reconnais, comme cet homme juste, qu'il est Dieu. Si lui-même a été compté parmi les pécheurs à cause de toi et de ton péché, toi, deviens un homme juste à cause de lui. En te crucifiant, adore celui qui a été crucifié à cause de toi, et tire quelque profit de ta méchanceté même ; achète le salut au prix de la mort ; entre au Paradis avec Jésus, pour comprendre de quels biens tu étais exclu. Contemple les merveilles qui sont là, et laisse mourir au-dehors, avec ses blasphèmes, celui qui l'injuriait.

Si tu es Joseph d'Arimathie, réclame le corps à celui qui l'a fait mettre en croix ; que ton souci soit le rachat du monde.

Si tu es Nicodème, cet adorateur nocturne de Dieu, mets-le au tombeau avec les parfums.

Si tu es une des saintes femmes, l'une ou l'autre Marie, si tu es Salomé ou Jeanne, va le pleurer de grand matin. Sois la première à voir la pierre enlevée, à voir peut-être les anges, et Jésus lui-même.
 

Annonce


Le pardon du PèreAuteur : Saint Pierre Chrysologue

Je me lèverai et j'irai vers mon père. Celui qui dit ces paroles gisait à terre. Il prend conscience de sa chute, il se rend compte de sa ruine, il se voit enlisé dans le péché et il s'écrie : Je me lèverai et j'irai vers mon père. D'où lui vient cet espoir, cette assurance. Cette confiance ? Du fait même qu'il s'agit de son père. « J'ai perdu, se dit-il, ma qualité de fils ; mais lui n'a pas perdu celle de père. Il n'est point besoin d'un étranger pour intercéder auprès d'un père : c'est l'affection même de celui-ci qui intervient et qui supplie au plus profond de son cœur. Ses entrailles paternelles le pressent à engendrer de nouveau son fils par le pardon. Coupable, j'irai donc vers mon père. »

Et le père, à la vue de son fils, voile immédiatement sa faute. À son rôle de juge il préfère celui de père. Il transforme tout de suite la sentence en pardon, lui qui désire le retour du fils et non sa perte ~ Il se jeta à son cou et l'embrassa. Voilà comment le père juge et comment il corrige : il donne un baiser au lieu d'un châtiment. La force de l'amour ne tient pas compte du péché, et c'est pourquoi le Père remet d'un baiser la faute de son fils, il le couvre par ses embrassements. Le père ne dévoile pas le péché de son enfant, il ne flétrit pas son fils, il soigne ses blessures de sorte qu'elles ne laissent aucune cicatrice, aucun déshonneur. Heureux ceux dont la faute est ainsi remise et le péché pardonné. Gardons-nous donc de nous éloigner d'un tel Père. La seule vue de ce Père suffit pour mettre en fuite le péché, pour éloigner la faute et pour repousser tout mal et toute tentation. Mais si nous nous sommes éloignés du Père, si nous avons dissipé tout son bien par une vie dissolue, s'il nous est arrivé de commettre quelque faute ou méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre sans méfait, si nous sommes tombés dans le gouffre sans fond de l'impiété et dans une ruine absolue, relevons-nous enfin et revenons à un tel Père, encouragés par un tel exemple.

Quand il le vit, il s'attendrit, courut se jeter à son cou et l'embrassa. Je le demande, quelle place y aurait-il ici pour le désespoir, quelle occasion pour une excuse ou pour un semblant de crainte ? À moins peut-être que la rencontre avec le Père ne nous fasse peur et que son baiser nous inspire de la crainte ; à moins peut-être que nous croyions que c'est pour prendre et se venger et non pour accueillir et pardonner que le Père vient et attire son enfant par la main, qu'il le serre contre son cœur et l'entoure de ses bras. Mais cette pensée destructrice de la vie, cette ennemie de notre salut est mise hors de combat par ce qui suit : Le Père dit à ses serviteurs : Mangeons et faisons liesse. Mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et le voilà retrouvé. Après avoir entendu cela pouvons-nous encore retarder notre retour vers le Père ?


Place une sentinelle à la porte de ton cœur !Auteur : Père Manuel João Pereira Correia

Le passage de l’Évangile de ce dimanche, qui est la suite du discours des béatitudes selon Saint Luc, rassemble quelques courtes sentences de Jésus sous forme d’images et de figures opposées : deux aveugles, disciple et maître, toi et ton frère, poutre et paille, bon arbre et mauvais arbre, bon fruit et mauvais fruit, épines et ronces, figues et raisins, bon cœur et mauvais cœur, bien et mal…
Ces paroles de Jésus, bien qu’elles n’aient pas de lien logique apparent, semblent être reliées par un fil mnémotechnique : aveugle, œil, poutre, arbre, fruit… Cependant, leur signification se réfère clairement à la vie du croyant dans la communauté.
Dans l’Évangile de Matthieu, ces sentences sont adressées contre les scribes et les pharisiens ; Saint Luc, en revanche, écrivant pour des communautés de langue grecque, les actualise et les adresse en particulier à leurs responsables.

Ces paroles peuvent être regroupées en trois unités :

1. Un aveugle qui guide un autre aveugle (vv. 39-40)
« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans un fossé ? »

Un aveugle qui prétend voir, qui ne se rend pas compte de ses propres limites et qui prétend guider les autres, n’est pas une situation si rare et constitue un véritable danger pour tout groupe ou communauté. Ce scénario est stigmatisé dans l’épisode de l’aveugle-né, raconté au chapitre neuf de l’Évangile de Jean, qui se conclut précisément par ces paroles de Jésus adressées aux pharisiens : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais parce que vous dites : “Nous voyons”, votre péché demeure » (Jn 9,41).
Le leader chrétien (et nous avons tous, d’une certaine manière, la mission de guider quelqu’un !) doit être conscient qu’il a, lui aussi, besoin d’être guidé et éclairé, restant toujours disciple de l’unique Maître.

2. La poutre et la paille (vv. 41-42)
« Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »

L’image est très forte et ne nécessite pas de commentaire. Nous avons tous tendance à minimiser nos propres défauts et à exagérer ceux des autres. Nous courons facilement le risque d’utiliser deux poids et deux mesures. « Ce que nous voyons chez les autres comme une “poutre”, nous le percevons en nous comme une “paille” ; ce que nous condamnons chez les autres, nous l’excusons en nous-mêmes » (Enzo Bianchi).
Cela ne signifie pas pour autant que nous ne devons pas pratiquer la correction fraternelle ; toutefois, celle-ci doit être faite avec amour, sans juger ni condamner la personne. Si, ensuite, c’est une autorité qui doit corriger, elle doit le faire avec l’autorité de son propre témoignage de vie.

3. L’arbre et ses fruits (vv. 43-45)
« Il n’y a pas de bon arbre qui produise un mauvais fruit, ni de mauvais arbre qui produise un bon fruit. »

Ici, Jésus nous offre un critère de discernement : l’arbre se reconnaît à ses fruits. Et, de la métaphore de l’arbre, Jésus passe au cœur de la personne : « L’homme bon tire le bien du bon trésor de son cœur ; l’homme mauvais tire le mal de son mauvais trésor. »
Arrêtons-nous donc sur le cœur, qui pourrait être la clé de lecture de tout ce passage de l’Évangile de ce dimanche.

Pistes de réflexion

La personne est son cœur

Notre cœur est le creuset de notre vie. Pensées, désirs, sentiments, émotions, paroles, gestes, actions… tout y converge et façonne notre existence. « La personne est son cœur », disait saint Augustin. C’est pourquoi Jésus affirme : « L’homme bon tire le bien du bon trésor de son cœur, et l’homme mauvais tire le mal de son mauvais trésor. »
Et pourtant, il semble que peu s’engagent à vraiment connaître leur propre cœur. Nous vivons souvent « en dehors » de nous-mêmes, comme fuyant notre propre être. Peut-être parce que nous ne nous sentons pas à l’aise dans notre intériorité. Les moments de silence et de solitude nous rendent anxieux. Il semble que nous fuyons nous-mêmes et, avec le temps, notre cœur devient un lieu étranger, qui n’est plus notre demeure, notre maison.

Reprendre possession du cœur

Si nous voulons changer notre vie et la rendre plus belle, nous devons partir du cœur. Le premier pas est d’en reprendre possession. Il faut avoir le courage de : rentrer en nous-mêmes ; faire place nette de toutes les bricoles qui l’encombrent et remettre de l’ordre ; éloigner ceux qui s’y sont installés abusivement ; mettre une porte au cœur et un gardien qui veille sur ce qui entre et ce qui sort !

Hésychius du Sinaï, moine et théologien chrétien du VIIe siècle, a écrit : « La sobriété est une sentinelle immobile et constante de l’esprit, qui se tient à la porte du cœur pour discerner avec diligence les pensées qui se présentent, écouter leurs projets, espionner les manœuvres de ces ennemis mortels et reconnaître l’empreinte démoniaque qui tente, par l’imagination, de bouleverser l’esprit. Cette activité, menée avec courage, nous donnera, si nous le voulons, une grande expérience du combat spirituel » (cité par P. Gaetano Piccolo).

Plutôt que de sobriété, nous pourrions parler de discernement, qui agit comme un tamis (voir la première lecture). Il s’agit d’exercer une attention constante à ce qui se passe dans notre cœur, d’être toujours présents à nous-mêmes, un exercice qui nous rend conscients des pensées, intentions, émotions et désirs qui y fourmillent.

Pour nous aider dans ce parcours de conscience, il serait utile de pratiquer un « examen de conscience » quotidien de quelques minutes ou, au moins, un temps hebdomadaire plus prolongé de relecture de vie. Voilà un bon exercice pour le prochain Carême !

Ce n’est pas une proposition facile, mais ce n’est pas non plus impossible. C’est un exercice qui demande du temps, de la persévérance et, peut-être encore plus, du courage. En effet, nous découvrirons – souvent douloureusement – qu’à côté de nombreuses bonnes choses, notre cœur recèle aussi des mesquineries, des doubles intentions et de la médiocrité. Et pourtant, c’est le seul chemin pour devenir véritablement libres et vivre dans la vérité de l’Évangile.


Ouvrir les portes du cœurAuteur : Père Manuel João Pereira Correia

Ouvrir les portes du cœur

Année C – Temps Ordinaire – 7e dimanche - Luc 6,27-38 : « Moi, je vous dis : aimez vos ennemis »

L’Évangile de ce dimanche poursuit celui des béatitudes du « discours de la plaine » de saint Luc (Lc 6,17-49). Jésus indique quelle doit être la conduite de ses disciples. Le résumé du message de Jésus est : « Aimez vos ennemis ». Il s’agit d’un des textes les plus bouleversants de l’Évangile, qui exige une subversion radicale de nos réactions instinctives et de nos comportements sociaux.

Dans ce texte, Jésus utilise pas moins de seize impératifs. Ses paroles, toutefois, ne constituent pas une nouvelle législation, mais doivent être relues à la lumière des béatitudes. Ce sont des paroles de sagesse divine qui nous conduisent au cœur même de Dieu. Jésus – aussi paradoxal que cela puisse paraître – nous livre la clé d’accès aux béatitudes.

L’histoire du salut et l’existence chrétienne sont un chemin, un processus de passage de l’ordre de la justice (« œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied » : Exode 21,24) à celui de la grâce (« Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux » : Lc 6,36). Il s’agit d’un passage de la logique rétributive à la logique de la gratuité, un changement radical que Jésus propose à ses disciples. Saint Paul, dans la deuxième lecture (1 Corinthiens 15,45-49), présente ce processus comme le passage du « premier Adam » au « dernier Adam », de l’homme terrestre à l’homme céleste.

Les vagues de l’Amour divin

Le discours de Jésus progresse en quatre vagues successives, marquées par quatre impératifs chacune. Il s’agit de l’Amour de Dieu qui veut couvrir toute la terre, un tsunami divin, nous impliquant dans cette aventure.

1. La première vague de départ est composée de quatre impératifs adressés aux disciples :
« À vous qui écoutez, je dis : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent ».
Le verbe employé ici pour « aimer » n’est pas le verbe grec philein (être ami, c’est-à-dire un amour d’amitié, de réciprocité), mais agapan (aimer d’un amour totalement gratuit). Cet amour se traduit par le fait de faire du bien, bénir et prier pour la personne qui nous est ennemie.

2. Une deuxième vague suit avec quatre exemples concrets, à la deuxième personne du singulier, pour rendre le discours plus direct et impliquant : tendre l’autre joue à celui qui frappe, ne pas refuser la tunique au voleur, donner à quiconque demande, ne pas réclamer ses biens en retour.
Il ne s’agit pas d’appliquer ces comportements de manière mécanique ni de renoncer à ses droits, mais de ne pas répondre au mal par le mal et de renoncer à la violence. Cela exige du discernement pour savoir comment se comporter dans chaque situation particulière d’injustice subie. Il s’agit de vaincre le mal par le bien : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien » (Romains 12,14-21).

3. Au centre du discours de Jésus, nous trouvons la fameuse « règle d’or » : « Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le aussi pour eux ».
Jésus en donne quatre motivations : trois négatives et une positive.
Trois négatives : quelle grâce, quelle beauté, quelle bonté, quelle gratuité y a-t-il… si vous aimez ceux qui vous aiment ? Si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien ? Si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir ? Tout le monde en est capable !
Jésus ajoute une quatrième motivation positive : « Aimez plutôt vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour, et votre récompense sera grande et vous serez fils du Très-Haut ».

4. Le passage se conclut par l’invitation à « être miséricordieux, comme le Père est miséri­cordieux », et nous offre quatre autres recommandations pour nous rendre semblables à Dieu : deux négatives et deux positives : ne jugez pas et ne condamnez pas ! Pardonnez et donnez !

Quelle loi gouverne notre vie ?

« Œil pour œil, dent pour dent » ? Cette maxime nous semble barbare et cruelle, et nous dirions aujourd’hui que personne ne songerait à l’appliquer. Mais est-ce vraiment vrai ?! Certes, nous ne tuerions pas quelqu’un de nos mains, mais par nos paroles… nous pourrions l’entraîner dans la boue ! Ou encore, nourrir en nous le désir de nous venger ! Ou le rendre méprisable par notre indifférence ! Ou même cultiver la haine dans notre cœur et effacer cette personne de notre vie !
En réalité, le cœur de l’homme n’a pas changé : il est juste devenu plus subtil et raffiné ! La loi du talion est encore celle qui régit souvent nos relations, risquant même de nous faire tomber dans la tentation d’instrumentaliser Dieu pour justifier notre violence. Un exemple frappant est ce qui se passe tout près de nous, dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Il est bien vrai ce qu’affirmait le philosophe et croyant juif Martin Buber : « Le nom de Dieu est le nom le plus ensanglanté de toute la terre ! »

Aimer l’ennemi ?

« Eh bien, je n’ai pas d’ennemis ! », entend-on souvent dire. En réalité, nous nous fabriquons des ennemis chaque jour. Une véritable chaîne de montage. Les oreilles entendent une nouvelle (mauvaise) ou les yeux voient une image (désagréable), la pensée l’analyse, l’imagination la grossit, le jugement prononce sa sentence et le cœur réagit en conséquence… Nous devenons des juges impitoyables. Et qu’il est difficile de démonter ce mécanisme ! Une vigilance constante est nécessaire. Saint Augustin dit : « La colère est une paille, la haine est une poutre. Mais alimente la paille, et elle deviendra une poutre ! »

Libérer les prisonniers !

Dans son discours programmatique, Jésus affirme avoir été envoyé « pour proclamer aux captifs la libération, pour libérer les opprimés, pour proclamer l’année de grâce du Seigneur » (Luc 4,18-19). Les prisons qui tiennent une grande partie de l’humanité en esclavage sont nombreuses, mais notre cœur ne serait-il pas lui aussi devenu une prison ? Trop souvent, dans les recoins les plus sombres de notre âme, nous avons enfermé de nombreuses personnes, les condamnant selon la loi « œil pour œil, dent pour dent ». L’occasion du Jubilé est un kairos de grâce, le moment propice pour ouvrir en grand les portes du cœur !


Où plongeons-nous nos racines Auteur : Père Manuel João Pereira Correia

Où plongeons-nous nos racines

Année C – Temps Ordinaire – 6e dimanche
Luc 6,17.20-26 : « Heureux, vous les pauvres… Mais malheur à vous, les riches ! »

L’Évangile d’aujourd’hui nous présente les Béatitudes selon la version de saint Luc. Le texte se structure en quatre béatitudes et quatre avertissements, scandés par quatre « heureux êtes-vous » et quatre « malheur à vous ». Jésus déclare heureux les pauvres, les affamés, les affligés et les persécutés ; et il met en garde ceux qui sont riches, rassasiés, rieurs et acclamés par les autres.

Si d’un côté ces paroles de Jésus nous fascinent, d’un autre, elles nous troublent, car elles proposent des critères qui heurtent profondément notre mentalité actuelle. Qui peut vraiment se dire pauvre et affamé ? Peut-être affligé et persécuté, parfois. Matthieu les « spiritualise » : « Heureux les pauvres en esprit », « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice »… Tandis que Luc les « matérialise » sans concession.

Notre esprit perçoit la vérité et la beauté de cette nouvelle vision de la vie, incarnée en la personne même de Jésus, mais notre raison commence aussitôt à la relativiser, la jugeant irréaliste, tandis que notre inconscient tente de la refouler au plus vite. C’est vraiment une grâce de se laisser interpeller par cette parole. En effet, la tentation est grande de dire ici aussi : « Cette parole est dure ! Qui peut l’écouter ? » (Jean 6,60).

Dans cette parole, comme dans tant d’autres passages de l’Évangile, se vérifie ce qu’a dit le prophète Jérémie : « Ma parole n’est-elle pas comme un feu – oracle du Seigneur – et comme un marteau qui brise le roc ? » (Jr 23,29). Ailleurs, il dit que la parole, dans les entrailles du cœur, provoque un grand mal de ventre (Jr 4,29). Quel meilleur vœu, alors, que de sortir de la célébration dominicale avec « un grand mal de ventre » ? Ce serait un signe que nous sommes sur la bonne voie. L’alternative, en effet, serait de partir tout tristes, comme le jeune homme riche ! Écouter cette parole nous guérit et nous sauve du danger de mener une vie insensée.

Le contexte de cet évangile

Saint Luc nous dit que Jésus s’est retiré sur la montagne, seul, et qu’il a passé toute la nuit en prière. Jésus est le Maître de la prière, car il enseigne à partir de sa propre expérience. L’évangéliste souligne que Jésus priait toujours avant les grandes décisions. Le récit poursuit en disant qu’au matin, Jésus appela tous ses disciples et en choisit douze, qu’il nomma apôtres (Lc 6,12-13).

Ensuite, Jésus descend avec ses disciples et s’arrête sur un terrain plat. Tandis que chez saint Matthieu, Jésus prononce son discours sur la montagne, symbole de proximité avec Dieu, Luc le situe dans la plaine, symbole de proximité avec les gens, là où il peut être facilement atteint par tous. En effet, « il y avait une grande foule de ses disciples et une multitude de gens », venus de toutes parts « pour l’écouter et être guéris de leurs maladies ». Toute la foule cherchait à le toucher, « parce qu’une force sortait de lui et guérissait tout le monde » (Lc 6,17-19).

Dans cette vaste scène d’humanité, Jésus, levant les yeux vers ses disciples, proclame les béatitudes. Le Seigneur lève les yeux parce qu’il parle d’en bas. Dieu est humble et ne se place pas au-dessus de nous.

Quelques mises en lumière

Heureux êtes-vous, les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous.
Heureux êtes-vous, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.
Heureux êtes-vous, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.
Heureux êtes-vous, lorsque les hommes vous haïront… à cause du Fils de l’Homme.

Observons que :

  • Dans l’Écriture Sainte, cette forme littéraire de bénédictions et de malédictions existait déjà (cf. la première lecture de Jérémie et le Psaume 1). Les rabbins de l’époque de Jésus l’utilisaient également.
  • Tandis que Matthieu présente les béatitudes sous une forme sapientielle, à la troisième personne du pluriel : « Heureux les pauvres », Luc adopte un style prophétique, plus direct, s’adressant directement à ses disciples à la deuxième personne : « Heureux êtes-vous, pauvres ».
  • Chaque béatitude est accompagnée d’un « car ». Mais quelle est la raison profonde de ces affirmations si paradoxales ? Jésus ne sanctifie ni n’idéalise la pauvreté. La pauvreté, la faim, l’affliction et la persécution sont des réalités négatives à combattre. La bonne nouvelle, c’est que Dieu ne tolère pas ces injustices, si répandues dans notre monde, et qu’il prend en charge la cause des pauvres. Jérémie, dans la première lecture, affirme que la vraie béatitude naît de la confiance en Dieu : « Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur et dont le Seigneur est la confiance ».
  • Dans la première béatitude, Jésus utilise le verbe au présent : « Heureux êtes-vous, les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous », tandis que après il emploie le futur. Comment l’expliquer ? Les béatitudes possèdent une dimension déjà présente, mais aussi une projection future vers leur pleine réalisation. Paradoxalement, donc, dans l’expérience même de la souffrance, il est possible de trouver la joie. Un exemple éloquent est celui des apôtres Pierre et Jean qui, après avoir été flagellés, « s’en allèrent du sanhédrin, joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus » (Actes 5,41).

Dans une structure symétrique, Jésus présente quatre avertissements, les quatre malheurs :

Mais malheur à vous, les riches, car vous avez déjà reçu votre consolation.
Malheur à vous qui êtes rassasiés maintenant, car vous aurez faim.
Malheur à vous qui riez maintenant, car vous connaîtrez le deuil et les larmes.
Malheur à vous lorsque tous les hommes diront du bien de vous…

Observons que :

  • Dans la version de Matthieu, Jésus se limite à proclamer les huit béatitudes (plus une adressée directement à ses disciples), tandis que dans celle de Luc, on n’en trouve que quatre, mais avec l’ajout de quatre « malheur à vous », en opposition aux « heureux êtes-vous ».
  • Le terme « malheur » était utilisé dans le langage prophétique pour annoncer des malédictions. Cependant, ces « malheurs » de Jésus ne sont pas des condamnations, mais des expressions de douleur et de compassion. On pourrait les traduire par « hélas pour vous ». Tandis que les béatitudes sont comme des félicitations aux « heureux », les « hélas » ont le ton d’un message de deuil.
  • Pourquoi Jésus met-il en garde les riches ? Ce n’est pas une vision classiste. En réalité, la richesse est souvent associée à l’injustice, qui engendre pauvreté et souffrance.

Pour la réflexion personnelle

Les béatitudes sont le chemin proposé par Jésus vers le bonheur, pour une vie belle, féconde et pleine de sens. Le prophète Jérémie compare cette vie à un arbre toujours vert et fructueux, dont les racines plongent vers le fleuve. À l’inverse, une vie non enracinée en Dieu est comme le tamaris du désert, incapable de voir le bien arriver. Tout dépend donc d’où nous plongeons nos racines. Où plongent les miennes ?

(Source : Comboni2000 - Spiritualità e Missione)